Dali-Lamb
Roger Erasmi -
Conservateur / Critique d’Art
Les grands esprits sont faits pour se rencontrer. Nous devons croire que ce proverbe s'applique au génie créatif, si nous analysons la corrélation des rencontres artistiques de Salvador Dalí avec celles de Matt Lamb dans le prestigieux Cercle Royal Artistique de Barcelone. La vie culturelle magique de la ville catalane a largement favorisé « l'art choc », qui révèle les forces mystérieuses de la prédestination.
Le parcours particulier de Salvador Dalí est une trajectoire internationale flamboyante, marquée par une incroyable succession d'évènements imprévisibles. La carrière de l'étoile brillante surréaliste catalane a été marquée par deux guerres et les bouleversements socio-économiques du 20ème siècle. Sa peinture reflète une interaction continue avec les bouleversements de l'histoire, qui souvent lui ont imposées des choix courageux. La guerre civile espagnole de 1936 à 1939 contraint le peintre catalan à quitter l'Espagne pour s'installer à Paris avec son ingénieuse femme franco-russe Gala. Lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclate en Europe en 1939, le couple Gala-Dalí se sent menacé dans ses ambitions créatives et décide de partir pour les Etats-Unis. Le talent artistique de Salvador Dalí a explosé au cours de son exil providentiel à New York, qui a été le vrai début d'une carrière incomparable, associée à une célébrité mondiale inégalée.
Avant de partir pour les USA, le peintre visionnaire avait peint Prémonition de la Guerre Civile (1936) et L'énigme d’Hitler, en 1939. En 1945, il réalise en Californie, l’oeuvre Corbeille de Pain (Cesta de pan) devenue une icône. Dalí a attribué des vertus alchimiques à cet important travail, qui a eu une signification historique incroyable. En 1948, le tableau a été choisi comme emblème du «Plan Marshall» pour reconstruire l'Europe en ruine. Le long séjour en Amérique (1940 - 1948) a profondément influencé Salvador Dalí en modifiant son horizon intellectuel. Après avoir illustré ses visions angoissées de la guerre, il peint maintenant l'espoir et la paix. C'était le début d'une nouvelle phase de la peinture, à la fois grandiose et figurative, pleine de symboles.
Le curriculum vitae artistique de Matt Lamb est atypique, marqué par un destin étrange. Héritier d'une grande entreprise familiale de pompes funèbres, le dessinateur américain était atteint d'une maladie qui allait changer sa vie d'une manière fondamentale. Après avoir contracté une mononucléose, compliquée par une hépatite chronique du foi, les médecins l’ont déclaré mourant et ne lui laissait que peu d’espoir de survie. En 1986, Lamb décide de vendre sa société de sépultures et de se tourner vers l'art. Ce choix personnel qui pouvait sembler curieux avait pour but de passer le peu de temps qui lui restait à peindre un message émouvant de paix, d'espérance et d'amour. Mais le diagnostic médical pessimiste a fait long feu. Comme par miracle, Matt Lamb a guéri de sa maladie et a poursuivi avec passion son talentueux travail artistique, développant à travers le monde entier un vaste réseau d'ateliers, de studios et de fondations dédiées à la créativité. Dalí l’européenne a séduit l'Amérique, Lamb l’américain a conquis l'Europe.
Main de Dieu
Le chemin paranoïaque critique de Salvador Dalí comme la guérison miraculeuse de Matt Lamb sont le reflet de la Divine Providence. Il ne fait aucun doute que la chronologie de ces deux artistes exceptionnels confirme la réalité fascinante de leurs carrières respectives. Salvador Dalí est né dans la petite ville espagnole de Figueras le 11 Mai, 1904, jour de la fête de Saint-Estelle (Stella). Il était prédestiné à faire carrière comme une étoile (Estrella en espagnol). Matt Lamb est né à Chicago le 7 avril 1932. La date est significative. Selon certains historiens, le 7 avril est la journée historique de la crucifixion de Jésus-Christ. Cette relation métaphysique est corroborée par une éclipse solaire totale, qui a eu lieu le 7 avril de l’An 33. La situation spécifique de Matt Lamb ressemble à un acte surnaturel, sous la forme d'un diagnostic dévastateur avant d'évoluer en une résurrection étonnante. La relation spirituelle est évidente, sans doute voulue par le Saint-Esprit. Nous ne pouvons pas ignorer que le travail de peinture de Dalí est profondément mystique et que l'action rénovatrice de Lamb montre la dimension religieuse réelle, comme en témoigne la décoration de la chapelle « Regina Pacis » à Tünsdorf (Allemagne).
Voici une autre relation troublante. Depuis les années 1970, l'œuvre prophétique de Salvador Dalí a montré à plusieurs reprises la destruction des tours jumelles du World Trade Center. Les attaques terroristes de New York ont eu lieu le 11 Septembre 2001, jour qui coïncide avec la Diada, Journée nationale des Catalans. La coïncidence est étrange, comme aussi le fait que le chiffre correspond au numéro 911 pour appeler les urgences aux États-Unis. Faut-il voir la main de Dieu dans ce scénario diabolique ? Ce qui est certain, c’est que les évènements tragiques survenus à New York ont inspiré Matt Lamb pour son fantastique projet Parapluies pour la Paix. En effet, 38 orphelins du World Trade Center ont été rassemblés à Washington D.C. lors d'un atelier original. Traumatisés, ces enfants ont été invités à exprimer leurs sentiments en couleur sur la toile de parapluies offerts par Matt Lamb, avant de défiler sur la place du Capitole. Devant le succès de cette initiative des Parapluies pour la Paix de Matt Lamb, le projet a été étendu à l'Europe, où des centaines de milliers d'enfants ont déjà peint leur vision de la paix.
Matt Lamb est un homme d'imagination, comme le fut Salvador Dalí. Le surréaliste catalan a défendu au cours de sa brillante carrière les valeurs de l'art figuratif et de l'imagination, héritées des anciens maîtres tels que Bosch, Raphaël, Velasquez et Vermeer. Salvador se définissant lui-même comme le sauveur de la grande peinture a attaqué les représentants de l'art moderne comme Mondrian, Picasso et Bernard Buffet, dont il dénonce la frénésie de la laideur. Jusqu'à la fin, Dalí est resté fidèle à ses principes esthétiques, résolument opposé aux excès nocifs du soi-disant «art contemporain». À une époque où le marché mondial est dominé par le marketing culturel basé essentiellement sur la spéculation financière et le gigantisme des installations flashy sans contenu culturel, Matt Lamb a su créer un style personnel d'une rare originalité.
L'Art de Matt Lamb peut être classifié comme art contemporain abstrait. Ses toiles sont essentiellement figuratives, très proches de l'expressionnisme abstrait de Willem de Kooning. Par leur puissance expressive, la composition du peintre américain rappelle l’audacieux «Cri», symbolisant la révolte des Norvégien, d’Edvard Munch et la peinture de Marc Chagall conjurant la montée du fascisme. Au-delà de la liberté conceptuelle de l'artiste prolifique qui a créé plus de 4000 œuvres, le mérite de Matt Lamb est d'avoir réussi à donner à son art une utilité populaire mettant l'accent sur la lutte pour la paix. Dans cet aspect humanitaire, Lamb a été un pionnier. Dalí était un peintre messianique porteur d'un message divin, annonçant un monde meilleur, fondé sur la créativité et la vitalité de la femme libératrice. Par l'action culturelle de pragmatisme, Matt Lamb montre la voie pour sensibiliser les gens autour de projets fédérateurs axés sur l'amour et la paix.
L'alchimie du Cercle Royal Artistique de Barcelone
La combinaison lumineuse Matt Lamb avec le travail surréaliste de Salvador Dalí a eu lieu au Cercle Royal Artistique de Barcelone. Fondée en 1881, le vénérable Institut d'Art a un riche passé prestigieux, construit sur des initiatives novatrices et des peintres célèbres comme Rusinol, Casas, Limo et Miró. L'influence du Cercle Royal sur la vie culturelle et sociale de Barcelone est une vieille tradition de la culture catalane. Aujourd'hui, une énorme collection de Dalí, riche de 700 pièces (sculptures, aquarelles, gravures et photographies) constitue le trésor artistique du prestigieux musée de Barcelone, qui est idéalement située dans le coeur historique de la métropole méditerranéenne.
Au début du 3ème millénaire, l'institution trouve une nouvelle influence culturelle sous l'action du jeune et dynamique Président Félix Bentz, qui amis en route une stratégie portée vers l’international. L'exposition Dalí-Lamb de l'été 2009 est une illustration concrète de cette nouvelle politique culturelle de l’Institut d’Art de Barcelone. Pour l'automne, le Cercle Royal Artistique annonce un autre évènement ambitieux sur le thème de « la paix ». Préparé avec le mouvement actif rénovateur « Les Héritiers de Dali », l'opération IPax2009 (International Peace Exposition of Art) présentera en Septembre 50 œuvres originales, créées par les meilleurs peintres surréalistes à travers l'Europe. Le célèbre « Livre de l’Apocalypse » de Dalí sera l’emblème de cet évènement.
Avec l'exposition Dalí-Lamb, le Cercle Royal Artistique produit un rendez-vous artistique majeur. À travers la présentation de l'Exposition Internationale pour la Paix, le Musée catalan confirme son alchimie. Art et Culture sont faits pour réunir les esprits créatifs et fasciner le public. Avec Salvador Dalí, Matt Lamb et leurs successeurs ambitieux, la peinture de qualité fera un retour à sa vocation fondamentale, à la fois humaniste et spirituelle, structurée autour d'une préoccupation pour la beauté irrésistible ■
6 août 2009